Une nouvelle communauté de travail encourage les organismes sans but lucratif à partager des ressources, des lieux et des espaces communs dans le but de développer une forme de productivité raisonnée.
Récemment, 240 dirigeants avant-gardistes du secteur sans but lucratif de l’Ontario se sont réunis au MaRS Centre à Toronto pour échanger sur des problèmes d’entreprise spécifiques et élaborer des stratégies de renforcement du rendement et de la culture organisationnelle. Pour améliorer la productivité, ils ont appris qu’il faut sortir des sentiers battus et commencer à partager.
Commandité par le Centre for Social Innovation (CSI) et Tides Canada, la conférence « Sharing for Social Change » s’est penchée sur les avantages, les inconvénients et les bénéfices imprévus qui peuvent émerger lorsque les groupes partagent leur espace et leurs services pour économiser du temps et de l’argent.
À première vue, l’espace c’est la raison d’être du Centre for Social Innovation (CSI) situé au centre ville de Toronto. L’immeuble abrite 110 organismes membres-locataires à vocation sociale qui représentent des domaines aussi variés que l’activisme écologique, la justice sociale et les arts. Certains de ces organismes en sont à leurs débuts alors que d’autres œuvrent depuis plusieurs années mais leur taille ne les oblige pas à posséder leur propre espace.
Outre les espaces de travail et le matériel de bureau, les membres disposent de salles de réunions, de matériel de soutien administratif et de boîtes aux lettres. Situé au cœur de la ville, le centre est moderne, bien aménagé et propose des tarifs très abordables. Un forfait de base qui offre l’accès aux aires de travail et aux salles de réunion coûte moins de 150 $ par mois.
Cela dit, les membres soutiennent que les frais de location partagés ne sont que le début. Il est plus difficile de quantifier les véritables avantages sur un bilan financier. En plus de l’aspect pratique et économique, le CSI et les autres organismes de partage considèrent que la plus grande valeur provient des idées, de l’apprentissage, de la collaboration et de la synergie qui émerge naturellement lorsque le mélange idéal de groupes et de personnes se retrouve dans un même endroit.
Les fondateurs de Heartwood House à Ottawa ont vécu la même expérience lorsque les six premiers des 11 organismes d’aujourd’hui ont emménagé en 2001. La coordonnatrice Maureen Moloughney soutient que les groupes n’avaient simplement pas assez d’argent pour travailler efficacement de manière indépendante. Dès le début, ils étaient d’accord sur le fait que les organismes à but lucratif améliorent leur rendement lorsqu’ils travaillent ensemble et cette stratégie de cohabitation leur a permis de le prouver. Les organismes étaient tous de petites taille, certains n’ayant qu’un ou deux employés. En plus de contribuer à prolonger leurs subventions, le partage des ressources a mis à leur disposition un réseau de personnes et d’organismes disposés à offrir un service, à formuler une idée ou même à aider en cas de problème avec la photocopieuse.
Plusieurs principes démontrent le succès d’une stratégie de partage des locaux, en tant qu’entreprise pour le gestionnaire et en tant qu’expérience pour les membres.
Le premier principe est que la diversité favorise la découverte. En effet, il est impossible d’innover sans modifier les ingrédients et renouveler les processus et les systèmes. Pour que les particules créatives se forment, s’élèvent et s’envolent, il faut un endroit où les points de vue différents peuvent se rencontrer et se bousculer pour favoriser de nouvelles façons de penser.
Après ça, il faut disposer du bon local ou, plus précisément, des bons locaux. Pour innover, les gens ont besoin d’environnements dans lesquels ils peuvent provoquer, développer et appliquer leurs idées. Ils ont besoin de ressources et d’un milieu de travail fonctionnel doté d’une infrastructure de soutien administratif fiable.
Ils ont aussi besoin d’autres types d’espaces. À l’instar de nombreuses entreprises avant-gardistes qui offrent à leurs employés des espaces récréatifs pour se divertir et se détendre, le CSI et la maison Heartwood disposent d’espaces sociaux non structurés. Les conversations et les séances de remue-méninges informelles les plus fructueuses prennent souvent place autour d’une table de cuisine ou dans un recoin.
Enfin, le CSI a découvert que les activités d’animation modérées peuvent donner des résultats prodigieux. L’organisme est bien plus qu’un propriétaire et un gestionnaire immobilier. C’est un chef d’orchestre. Il offre des ateliers de formation, organise des activités sociales non officielles et installe des babillards pour favoriser un environnement qui soutien les idées novatrices et encourage les pratiques originales.
Le partage des locaux n’est pas toujours facile et ne convient pas à tout le monde. En effet, cette solution n’est pas applicable pour ceux dont le style de travail exige une gestion rigoureuse de l’espace. Il faut également tenir compte de la combinaison d’organismes et de personnes avec lesquels on envisage de partager. Seront-ils aptes à offrir le genre de soutien nécessaire? L’organisme profitera t il des économies qu’il réalisera et des liens établis?
L’organisme Common Roof à Barrie est un exemple d’entente de partage de locaux qui porte fruits à plusieurs égards. Les organismes et les groupes sociaux qui y sont établis profitent des bienfaits de la proximité et des possibilités d’activités de sensibilisation conjointe en vue d’accroître l’engagement de la communauté. Toutefois, le principal bénéficiaire de cet accord, c’est la communauté. En regroupant plusieurs organismes de services sociaux et familiaux en un seul et même endroit, on offre en quelque sorte un guichet unique à ceux qui en ont besoin, soit quelque 300 personnes chaque jour au site Common Roof.
Ce genre d’entente de partage englobe plusieurs caractéristiques recherchées par les bailleurs de fonds lorsqu’ils tentent de déterminer les projets qu’ils vont financer. L’enthousiasme est contagieux et une attitude positive favorise à la fois l’engagement et la confiance. Les organismes courent moins de risques lorsqu’ils disposent de tant de ressources en matière de soutien, de conseils et de formation pour assurer leur croissance et miser sur des échelles économiques supérieures.
En faire plus avec moins n’est pas forcément synonyme de réduction des résultats ou bien de limitation des attentes. Il est possible d’atteindre un niveau d’excellence supérieur avec des budgets individuels restreints. Si les organismes sont disposés à élargir leurs horizons et envisagent de partager leurs services, leurs locaux et leurs ressources, ils amélioreront bien plus que leur rendement.