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Une main tendue cachée dans l’économie
Article paru dans le Toronto Star par Helen Burstyn, Présidente de la Fondation Trillium de l'Ontario et le Club canadian de Toronto
Le 20 mars 2009
La crise économique, les pertes d’emplois qui s’ensuivent et les profits anéantis du secteur privé font la manchette tous les jours, mais dans le secteur sans but lucratif, pour lequel je travaille, les profits ou les pertes de profits n’existent pas.
Mon secteur compte moins d’employés que le secteur privé, par contre, il semble que le nombre de bénévoles travaillant sur le terrain n’ait jamais été aussi élevé.
S’il est une histoire dont on n’entend pas parler en cette période de crise économique, c’est bien celle de la résilience du secteur sans but lucratif en Ontario. On sait bien que l’armée de bénévoles partout dans la province n’arrivera jamais à faire grimper l’indice TSX ou à augmenter le PIB par magie. Cela dit, malgré l’indifférence des économistes des banques et de la presse financière à notre égard, les organismes sans but lucratif assurent des services indispensables qui méritent notre attention.
Pendant que l’industrie automobile vocifère pour obtenir un financement de sauvetage et que les municipalités font la queue pour obtenir des fonds destinés à des projets d’infrastructure prêts à démarrer, le moment est propice pour habiliter le secteur sans but lucratif parce qu’il soutient l’infrastructure sociale de la province.
Les organismes sans but lucratif sont la main invisible qui permet à l’Ontario de maintenir le cap, que la conjoncture économique soit bonne ou mauvaise. Le secteur bénévole favorise le perfectionnement professionnel et renforce notre filet de sécurité sociale, aidant l’Ontario à se repositionner pour pouvoir tirer parti de la reprise économique à venir. En plus de participer à la prestation des services sociaux et de santé, des services d’établissement des immigrants et des programmes de recyclage professionnel, le secteur sans but lucratif contribue au développement communautaire.
En période difficile, alors que les entreprises du secteur privé sont portées à nous imposer un « régime minceur », le secteur sans but lucratif est suffisamment agile pour adopter une formule alliant parcimonie et enthousiasme. N’allons pas faire l’erreur de croire que les organismes sans but lucratif ne ressentent pas les effets de la crise actuelle : ils en souffrent eux aussi, et pas seulement dans leur travail, où ils voient les difficultés subies par les gens qu’ils servent. La Fondation Trillium de l’Ontario a entendu dire de ses bénéficiaires de subventions et d’autres bailleurs de fonds que les coupures effectuées dans les secteurs public et privé menacent de provoquer une pénurie des fonds. Les baisses sur le marché boursier entraînent également une diminution de la valeur des dons de bienfaisance.
Devant ces défis, les groupes n’ont d’autre alternative que de redoubler d’efficacité et de mobiliser leurs ressources comme jamais auparavant. Les organismes sans but lucratif font plus avec moins parce qu’ils savent multiplier plusieurs fois le rendement de leurs dons et revenus. Ils participent activement à l’économie en fournissant des services essentiels et en créant des emplois rémunérés et non rémunérés.
Nos études ont démontré que les subventions permettent aux organismes sans but lucratif de multiplier la valeur de leur financement selon un ratio de deux pour un. Pour chaque dollar qui leur est consenti sous forme de subvention, ils obtiennent l’équivalent de deux autres dollars sous forme de dons non financiers et de ressources bénévoles, ce qui triple l’impact de la subvention. Les dirigeants du secteur sans but lucratif savent comment étirer un dollar.
Les projets d’infrastructure « prêts à démarrer » dont nous entendons parler ces jours-ci ne se limitent pas à des routes, des ponts et des immeubles. Dans le secteur sans but lucratif, un projet d’infrastructure peut très bien porter sur la construction d’une rampe d’accès à un centre pour les aînés, l’établissement d’un laboratoire d’informatique dans un centre de formation professionnelle, l’acquisition de machines à coudre pour une entreprise communautaire de fabrication de vêtements ou l’installation d’un système d’éclairage dans un théâtre communautaire. En termes de valeur économique et sociale à long terme, ces initiatives ont autant d’impact que les projets d’infrastructure d’entreprises traditionnelles.
Près de 12 millions de Canadiennes et de Canadiens donnent de leur temps à des organismes de bienfaisance ou des organismes sans but lucratif. Bien que l’on imagine le bénévole typique comme une personne retraitée ayant beaucoup de temps libre, près des deux tiers des adolescents mettent leurs talents à contribution bénévolement, c’est le groupe d’âge dont le taux de participation au bénévolat est le plus élevé. Au dire de nombreux organismes sans but lucratif, même si les donateurs se font plus rares, les bénévoles n’ont jamais été aussi prêts à donner un coup de main.
Lorsque l’économie ralentit, le besoin de certains services augmente. On pense, par exemple, au recyclage professionnel, aux banques alimentaires, aux projets d’entreprise sociale et aux services de conseillers en crédit. Ces services sont fournis par les organismes sans but lucratif dans leur travail de tous les jours, que le climat économique soit favorable ou non. Et lorsque l’économie reprend du poil de la bête et que les programmes de relance tombent dans l’oubli, tous ces services continuent d’être assurés par les organismes sans but lucratif.
Prenons l’exemple du tout nouvel organisme Ontario Sustainable Energy Association. Celui-ci essaie d’encourager la province à adopter de meilleures idées et pour cela, il rassemble des groupes environnementaux et leur demande de se pencher sur des projets produisant à la fois des avantages écologiques et économiques.
Ou encore Haween Enterprises, un organisme dirigé par Somali Women’s and Children’s Support Network. Cette micro-entreprise communautaire d’Etobicoke fait de l’habillement sur mesure pour des détaillants et des clients industriels. Elle fournit également des emplois pertinents et de l’expérience de travail. Au cours de ses deux premières années d’existence, Haween a créé de l’emploi pour une cinquantaine d’immigrantes et demeure aujourd’hui une entreprise modèle qui investit dans la technologie, l’équipement, la formation et l’emploi.
Pour être efficaces, les mesures de stimulation économique doivent reconnaître la force des secteurs bénévole et sans but lucratif, et viser toutes les communautés. Elles doivent chercher à soutenir l’infrastructure sociale mise en place pour les personnes qui se heurtent à des obstacles économiques et à l’emploi, c’est-à-dire les néo-Canadiens, les autochtones, les femmes et les personnes handicapées.
Le gouvernement doit également prendre en considération les constatations des récents rapports sur les causes de la violence et de la pauvreté chez les jeunes, et accorder un financement aux initiatives de formation professionnelle, aux programmes d’emploi, aux installations culturelles et aux centres de programmation.
Sur le plan économique et social, peu d’investissements ont autant d’impact ou produisent un rendement aussi élevé. C’est une réalité que le gouvernement de l’Ontario devrait garder à l’esprit lorsqu’il déposera son budget provincial la semaine prochaine.
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